L’Eden-Palace

Fiction / 16mm couleur - 1976 - 1h33

Louise est une femme de ménage dans un petit cinéma de banlieue. Du matin au soir, c’est la longue succession des mêmes mots, des mêmes gestes et un amour-habitude qui se dilue au fil du temps. Par un jour de grande lassitude, elle invente pour son mari et son patron un meurtre imaginaire dont elle aurait été témoin devant le cinéma… « par un grand soir d’orage ». Voilà Louise qui parle, qui a un mystère, que l’on écoute. Mais son entourage inquiet prévient la police. Que peut-elle faire quand ce mensonge dérisoire est repris en charge par la société, quand « on lui demande des comptes » ? Louise plutôt que de faire marche arrière va tenter d’assumer ce récit contradictoire, à travers lequel s’expriment les désirs interdits, les manques et les chaos qu’elle avait jusqu’alors tus et refoulés. Georges son mari, et l’inspecteur Valrek chargé de mener l’enquête, assisteront perplexes et fascinés à ce long et douloureux monologue, à ce qui devient peu à peu un vertigineux délire d’amour et de meurtreþ Pour eux il s’agira d’abord de sauvegarder une parcelle de pouvoir, de rétablir les rapports de force à leur avantage, et de canaliser la parole de Louise. Et ne supportant plus cette mise en crise quotidienne, Georges tuera un jeune homme entre les fauteuils de l’Eden-Palace, préférant devenir l’assassin d’un vrai cadavre plutôt que de rester le témoin passif d’un meurtre imaginaire…

 

FICTION
Année : 1976
Durée : Une heure trente trois minutes

Distribution

Monique Frinchaboy (Louise), Michel Médéric (Georges), Olivier Hemon (l’inspecteur Valrek), Eric Dod (l’autre Valrek), François Roy (François) , Yves Lartigue (Le directeur de l’Eden), Guy Abot (le commissaire Barthélémy), Gilles Ebersolt (le vendeur de journaux), Claudine Eskenazi,,Michel Chanssart, Gilles Taurand

Et la participation de Michel Lonsdale (le visiteur)

Un film de Frédéric Compain

Scénario : Frédéric Compain
Montage : Christian Tronquet
Image : Armand Bernardi
Assistant image : Thierry Tronchet, Jordi Viusa
Son : Pierre de la Forcade, Perrine Rouillon
Décors : Aude de la Forcade, Pierre Abela
Assistants réalisateur : Marc Babin, Antoine Perset
Scripte : Catherine Vialatel
Régisseur : Geneviève Roos
Directeur de production : Ody Roos

Remerciements à Tamara Dalmat, Pierre Braunberger

Musique originale : André Popp (Editions Poplico Music)
Mixage : Michel Commo
Attachée de presse : Jacqueline Meny

Production : Filmodie (Ody Roos)
16 rue de l’ancienne Comédie 75006 Paris

Tournage : Mai/Juin 1976 à Paris, Le Raincy (Seine Saint Denis)

« L’EDEN-PALACE: l’histoire mi-rêvée, mi-vécue d’une ouvreuse de cinéma qui prend les films pour la vie et réciproquement. Sujet original mais traité en longueur. Toujours ce manque d’ellipses chez les jeunes réalisateurs qui ont trop à dire et n’osent pas résumer. Mais ce Frédéric Compain a beaucoup de talent en réserve. »
LE FIGARO – Octobre 77

« Le thème revient avec insistance dans quelques-uns des films projetés pendant cette semaine: la recherche de l’identité perdue. Le paysan hongrois privé de son nom dans IDENTIFICATION, la femme de ménage qui s’invente une histoire de meurtre dans L’EDEN-PALACE, ont en commun le même sentiment de leur inexistence, la même impression d’être dépossédés d’eux-mêmes. Constat désespéré que chacun tente de surmonter avec ses moyens. Andras le paysan, par l’obstina-tion; Louise, la femme de ménage, par l’imagination.
Mais le jeune cinéma ce devrait être aussi un nouveau langage cinématographique.Hormis MILITIA BATTLEFIELD et L’EDEN-PALACE, on n’a guère assisté à une remise en cause des structures traditionnelles du récit. »
LE MONDE  – Octobre 1977 – Thomas Ferenczi

« Enfin, au Festival de Cannes, la sélection “Perspectives du Cinéma Français” a permis de découvrir un jeune cinéaste -contesté par certains, mais dont le talent réjouit dans un cinéma français que l’on dit en crise. Déjà remarqué l’année dernière avec LES DISCOURS DU MAITRE, Frédéric Compain renoue avec L’EDEN-PALACE avec la tradition du roman populaire du XIXème siècle. L’histoire est celle de Louise, femme de ménage dans un cinéma, qui habituée à la fiction des autres, s’invente la sienne propre en assumant le récit mythomaniaque d’un meurtre dont elle dit avoir été témoin. C’est non seulement un film sur les vérités et les faux semblants (celles et ceux du récit cinématographique, notamment les grandes fresques hollywoodiennes) mais aussi et surtout un film sur l’inexprimé, sur l’inexprimable,sur le désir d’expression d’une femme dont ni le physique ni la situation sociale ne sont propices à lui faire vivre la vie fictive des stars ou des personnages dont s’empare la presse à sensation, presse d’ailleurs dénoncée au passage. Bref, un film sur l’identité, révélant que celle-ci n’est devenue aujourd’hui possible que par procuration. Sans vouloir donner dans un pseudo-réalisme social, de plus en plus à la mode, L’EDEN-PALACE hisse l’imagination au pouvoir, se donnant les garanties d’un vrai cinéma populaire. C’est le plus beau crédit que l’on puisse accorder à la non-passivité du spectateur. »
LES FICHES DU CINEMA – N°580 – Juillet 1977  – Gilles Colpart

« Produit avec un minimum d’argent, le second film de Compain confirme les promesses du premier LES DISCOURS DU MAITRE. Cependant L’EDEN-PALACE quoique moins ambitieux sur son propos, n’atteint pas la dynamique écrasante du premier film. Discours critique et onirique à propos de la presse populaire, L’EDEN-PALACE est à voir comme un film de déconstruction panique, tentative trop rare dans le jeune cinéma d’aujourd’huiþ »
CINEMA 77  – Juin 77  – Noël Simsolo

« Quand la femme n’est plus le miroir sur lequel ricoche &endash;comme les reflets de leur domination- la parole des hommes ; quand le miroir se retourne sur lui-même pour faire apparaître le message déformé des fantasmes, alorsþ alorsþ L’EDEN-PALACe devient le champ clos d’un irrationnel provisoire, où l’inspecteur est inspecté et le mari violé, où c’est l’énigme qui méne l’enquête, du côté des petits hommes. Pour une fois, le cinéma qui n’inverse que les images, inverse aussi les pouvoirs : on en sortþ tout retourné. »
ROUGE  – Patrick Mars

« Un film fait de bric et de broc et écrit sans le moindre souci pédagogique. »
TÉLÉRAMA  – Jean-Luc Douin

« Sans pratiquer un chauvinisme exacerbé, on peut se réjouir du bon état de santé du jeune cinéma français. D’abord avec l’Eden-Palace, où le réalisateur Frédéric Compain se livre à un habile jeu de mise en scène sur la vérité au travers d’une intrigue policière romanesque, évidemment traitée par la dérision et l’ironie, mais dans une remarquable richesse poétique évocatrice, marquée par l’empreinte du réalisme populaire, longue tradition qui, du roman du XIXe siècle aux films de Carné et Prévert, n’a, en rien, à être renié aujourd’hui. »
OFFICE CATHOLIQUE FRANÇAIS DU CINÉMA

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